21 novembre 2018|Lecture|3 comments

Le lambeau de Philippe Lançon
Le lambeau de Philippe Lançon

Résumé du site Gallimard :

Lambeau, subst. masc.
1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.
2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55).
3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338).

(Définitions extraites du Trésor de la Langue Française)

Une voix

Philippe Lançon rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 raconte sa vie et la reconstruction du bas de son visage opération après opération. Ce livre a reçu, entre autres en 2018, le prix Femina et le prix spécial du jury Renaudot.

Difficile de mettre des mots sur les mots de Philippe Lançon. Je ne le connaissais pas avant l’attentat de Charlie. Je n’ai jamais lu ses articles dans Libération.

Après l’attentat de janvier 2015, j’ai mis beaucoup de temps à lire La légèreté de Catherine Meurisse et Catharsis de Luz. Je n’avais pas envie de lire sur cette période douloureuse. La lecture de ces oeuvres a pourtant été importante pour comprendre ce qu’ils ont vécu en perdant leurs proches et en ayant échappé à l’attentat. Philippe Lançon présent à la conférence de rédaction lorsque les tueurs ont surgi et tiré, raconte sa vie d’avant le 7 janvier et celle d’après. J’ai été impressionné par cette oeuvre.

Récit

Philippe Lançon témoigne du travail réalisé par les chirurgiens et le personnel hospitalier pour reconstruire le bas de son visage. Comment il faut « abîmer » encore un peu plus le corps pour le réparer. Il raconte sa convalescence aux Invalides après des mois passés à la Pitié Salpetrière. Il n’épargne rien au lecteur mais reste factuel sans pathos. La douleur est présente. Il explique la manière de l’accueillir au lieu de la combattre.

L’auteur décrit également sa nouvelle vie avec la protection policière importante après l’attentat et de plus en plus légère au fil des mois. Il partage comment il vit ses sorties à l’extérieur du cocon de sa chambre. Une scène sur la présence des policiers armés de beretta en charlotte et surchaussures à l’entrée du bloc fait sourire.

Enfin il dévoile une partie de son intimité : les femmes de sa vie, le tri fait entre ceux qui ont le droit de lui rendre visite à l’hôpital et les autres, la relation extrêmement forte qu’il recréé instantanément avec son frère. On ne lui en veut pas de quelques longueurs sur ces voyages dans le monde entier. Comme il le dit lui même : « Je fais toujours trop long« .

Son récit de l’attentat est le reflet du livre : factuel. Il raconte ce qu’il a vécu. Il décrit sans jugement. Le lecteur est là, lit sans voyeurisme, se confronte à l’horreur.

Une voix

A cause de la perte du bas de son visage et d’une trachéotomie, l’homme blessé n’a pas pu parler pendant des mois. Il communiquait avec le personnel médical et ses proches avec une ardoise et un crayon. Ce livre est sa voix, sa parole à travers ses écrits. En tant auteur, il nous la transmet et elle reste en-tête J’ai eu envie de lire des passages à haute voix alors que je ne le fais jamais. Ses mots prennent une autre dimension à l’oral. C’est d’une extrême fluidité.

Pourquoi lire le lambeau ?

Mes proches m’ont interrogé sur pourquoi s’imposer la lecture du lambeau au vu de la tragédie vécue ? Je crois qu’une des raisons est de ne pas oublier et savoir pour ne pas oublier. Ne pas oublier les morts et lire le récit de la reconstruction physique et intellectuelle d’un homme ayant vécu un événement exceptionnel. Au delà des soins effectués, l’omniprésence de la littérature (Proust, Kafka, Beaudelaire) et des arts visuels ont reconstruit Philippe Lançon. Se raccrocher à ce que l’on aime et est. Comme dans La légèreté de Catherine Meurisse.

Et vous, avez-vous lu ce livre ?

Extraits du livre lus par Guillaume Gallienne

Dans l’émission ça peut pas faire de mal du 10 novembre 2018, Guillaume Gallienne lit des extraits du livre de Philippe Lançon.

La référence du livre

Le lambeau de Philippe Lançon aux éditions Gallimard

  • Page Primés 2018
  • Prix du roman NEWS 2018
  • Prix Femina 2018
  • Prix spécial du jury Renaudot 2018
  • Prix Roger-Caillois catégorie littérature française

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