Compostelle Eauze – Manciet

Compostelle Eauze

J7 : Éauze – Manciet : 10 km 🚍Manciet – Auch – Toulouse – Orleans 🚆

Samedi 4 mai 2019

Au début de la semaine, j’ai du changer mon retour et raccourcir ma dernière étape car mon père a 70 ans demain. Il souhaite ma présence. Je m’adapte. On n’a pas soixante-dix ans tous les jours.

Mon objectif du jour n’est pas Nogaro mais Manciet pour récupérer un car puis un TER et enfin un Intercités pour Orléans. Un long trajet s’annonce dans l’après-midi.

Pourquoi faire ce chemin ?

Au début de l’étape, je profite du paysage et je repense à ma conversation avec Nadine et Francis sur les raisons de faire Compostelle. Qu’est-ce-qui m’a poussé à faire une pause de 8 semaines à l’été 2017 ?

La raison que je donne le plus souvent car elle n’est pas engageante, le surmenage professionnel : beaucoup de travail, une perte de sens. Un besoin de faire une pause et de reconnecter avec la nature.

La raison profonde

Mais la raison profonde, celle qui me fait si mal, encore aujourd’hui. Ce sont les attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

J’habite dans le 11ème à moins de 5 minutes du bar La Belle Equipe et à 5 minutes du Comptoir Voltaire. Les terroristes s’en sont pris à ces deux établissements en tuant et blessant.

Le soir du 13 novembre, j’étais chez moi. J’ai soudainement compris que je pouvais mourir sur un trottoir à Paris. Comme ça. Pour rien. Parce que j’étais une cible. Si je n’avais pas travaillé si tard, j’aurais pu prendre la rue de Charonne et être là quand les terroristes ont tiré sur la terrasse de La Belle Équipe.

Pendant des mois, la tension a été forte. La présence militaire a été renforcée dans le quartier. Les lieux de confession juive ont été protégés par des miliaires arme dans la main. Je croisais très régulièrement Vigipirate dans le métro à Nation et dans les gares. Mon sentiment d’insécurité et d’angoisse a grandi. Je ne pensais pas vivre comme ça un jour.

Auparavant, je n’avais jamais pris conscience que je pouvais mourir. Je suis trentenaire, je vis en France. Mon risque le plus élevé ? l’accident de voiture ? Je ne monte rarement dans une voiture. La peur de la mort, c’était la peur de voir mes proches mourir mais pas la mienne.

Ces attentats ont remis en cause toute ma vie. Ils m’ont profondément bouleversé et détruit à l’intérieur. Tous mes fondements se sont brisés. Encore aujourd’hui, quand j’entends des sirènes, je pense attentat. L’angoisse monte. J’évite toute foule. Je m’inquiète dès que je vois un colis suspect dans le métro.

Questionnement

Au fil des mois de 2016, les questions sont apparues : qu’est-ce que la vie ? A quoi ça sert de vivre ? Le 1er janvier 2017, j’ai pris la décision de faire la partie française du chemin, ce fut le début d’une longue reconstruction.

Les larmes ont coulé durant cette étape mais je suis arrivée à Manciet. Mieux. Je me suis réconfortée avec une bonne omelette au café du coin.

Bilan de la semaine

J’ai réussi à affronter ma peur de marcher seule. Je repars riche de toutes les rencontres faites et de ces journées passées à marcher dans le magnifique paysage vallonné du Gers. A polir mon esprit. Il me reste 200 kilomètres pour arriver à Roncevaux et passer la barrière mythique des Pyrénées.

Cette semaine, j’ai rencontré de très bons hébergeurs qui par leurs mots, leurs attentions m’ont choyé et je leur en suis reconnaissante. Ce fût bon de partager une infusion dans une petite cuisine en chêne, de caresser le chat de Nadine et Francis lovée dans leur canapé ou encore de papoter ce matin avec Nadine pendant qu’elle repassait les draps.

Dernière rencontre

En attendant, sous la pluie, le car pour Auch, un monsieur âgé est arrivé à l’abribus. Il me pose des questions sur le pèlerinage et nous échangeons sur les motivations religieuses ou non des pèlerins. Il parle du pèlerinage de la Mecque, important pour lui, du ramadan qui va commencer dans les prochains jours.

Nous évoquons les lieux saints musulmans que j’ai eu la chance de visiter : la mosquée Al aqsa de Jérusalem et Singuetti en Mauritanie. Je lui pose LA question : Est-ce que vous avez la foi ? Il répond : oui !

Je n’oublierai jamais ce moment de fraternité, sous la pluie, au milieu des collines du Gers.

Conseils pratiques

Transports

La liaison en car se fait par la SNCF.

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