Le photographe – Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre

Aujourd’hui, je vous présente la trilogie Le photographe de Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier.

Le photographe - Emmanuel Guibert
Le photographe – Emmanuel Guibert

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Magistral

Je partage mes coups de cœur littéraires avec un de mes amis. Je lui ai envoyé une photo de Voyage avec un âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson pour savoir s’il l’avait lu. Il m’a répondu que non mais qu’il avait lu une bd culte Le photographe qui y faisait référence.

Curieuse, j’ai lu le résumé de la bande dessinée et j’ai tout de suite eu envie de la lire.

Le photographe est le récit de Didier Lefèvre, photographe professionnel parti couvrir une mission de Médecin Sans Frontière en Afghanistan en 1988. A cette date, la Russie est en guerre contre l’Afghanistan.

Didier Lefèvre part plusieurs mois pour témoigner du travail de MSF et des ravages de la guerre sur les Afghans. C’est son premier séjour en Afghanistan.

Son voyage commence au Pakistan où il rejoint Juliette, une française ayant passé son adolescence en Afghanistan et cheffe de la mission MSF. Il rencontre l’équipe médicale, le traducteur. Il commence à photographier et n’arrêtera plus. Il a emporté 4 appareils photos avec lui.

Le but de la mission est de rejoindre un petit hôpital de campagne afghan et de prodiguer des soins à la population.

Pour cela, les soignants de MSF se mêlent à une caravane qui transporte illégalement des armes entre le Pakistan et l’Afghanistan. Le chemin est semé d’embuches : 15 cols de la chaîne himalayenne, la frontière, les hélicoptères russes, les mines anti personnelles aux abords du chemin… Didier emporte Voyage avec un âne dans les Cévennes trouvé dans la maison MSF. La caravane est composée de chevaux et d’ânes pour transporter la marchandises et les armes. Les animaux sont maltraités et meurent au fur et à mesure du voyage.

Un mois sera nécessaire pour rejoindre le village. Sur place, l’équipe médicale soigne des enfants blessés, des hommes revenant de la guerre défigurés, des accidents domestiques… Didier continue de photographier la vie quotidienne et le travail de MSF sur place.

Au moment de repartir Didier décide de faire un choix singulier.

La forme de la BD est rare

Didier reviendra dans un sale état physique et psychique de l’Afghanistan. Il faudra des années avant qu’il parle et qu’il montre les 4 000 photos prises à son ami Emmanuel Guibert. Celui-ci a l’idée de raconter son histoire en bande dessinée en ajoutant les photos de Didier au fil du récit.

Le format dessin et photos est très original. Le lecteur voit les visages des personnages dessinés. Les deux s’entremêlent très bien et donnent de la force au récit. On peut voir la vie quotidienne en photo. Les photos de Didier sont un précieux témoignage de l’Afghanistan en 1988. Bien avant 2001.

La bande dessinée permet de tenir le fil de l’histoire et les photos apportent le témoignage d’une réalité et de la dangerosité de ce voyage. Je retiens tous ces visages afghans. Sur les photos, le lecteur voit très peu de femmes. Comme dans beaucoup de pays, les femmes ne sont pas admises dans l’espace public. Elles s’occupent de l’intérieur. ça m’a frappée tout au long de la lecture. Je cherchais les visages des femmes. Rarement ou caché sous le chadri. L’ancêtre de la burka…

Je me suis passionnée pour l’histoire de Didier. Je vous la recommande.

Dupuis vend la trilogie dans un seul recueil très grand et lourd. Difficile de la lire dans son lit ou en voyage. Pour la facilité de la lecture, je vous conseille d’acheter les trois tomes séparément.

Vous avez envie de le lire ? Vous l’avez lu ?

Résumé de la maison d’édition

En guise d’introduction, par Emmanuel Guibert:
« Quand un reporter photographe rentre de mission dans un pays en guerre, il ramène des centaines de photos et autant d’anecdotes. Sur ces centaines de photos, quelques dizaines sont tirées, quatre ou cinq sont vendues à la presse, et le reste, sous forme de planches-contact, échoue dans des boîtes. Le photographe, s’il aime raconter, raconte les anecdotes à ses proches. Puis le temps passe, d’autres missions, d’autres photos et d’autres anecdotes chassent les premières, et la mémoire, elle aussi, les met en boîte. Voilà comment s’endorment les histoires. Le nombre de belles histoires au bois dormant est infini. La bande dessinée est un des moyens de les réveiller. J’ai cent raisons d’aimer Didier Lefèvre. L’une d’elles, c’est qu’il est bon photographe. Une autre, c’est qu’il raconte bien les histoires. Dès les premières fois où je l’ai entendu, planches-contact à l’appui, me raconter un de ses reportages, j’ai voulu qu’on fasse un livre tous les deux. La bande dessinée intervient pour faire entendre la voix de Didier, combler les vides entre les photos et raconter ce qui se passe quand Didier, pour une raison ou une autre, n’a pas pu photographier. »

Le Photographe, la trilogie d’Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier a remporté, en juillet 2010, la plus haute distinction américaine en tant que meilleure édition US d’une oeuvre internationale (Eisner Awards 2010).

Le Photographe – Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier aux éditions Dupuis

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