Tu connais West Side Story ? C’est ce qui se joue certains soirs à la Philharmonie. Deux clans s’affrontent, très souvent : ceux qui veulent le silence entre les mouvements, vieille règle édictée au XIXème siècle (!) et ceux qui applaudissent entre. Le chef d’orchestre américain, Case Scalglione a trouvé un bon compromis avec un geste très simple.

La police du classique

Un soir de novembre 2021, à la Philharmonie de Paris, l’orchestre de l’Opéra de Paris joue son premier concert avec sa star, le chef d’orchestre Gustavo Dudamel. Trois œuvres pour célébrer Paris est une fête.

Dès la première œuvre, une partie du public applaudit entre les mouvements. Crime de lèse majesté pour mon voisin de derrière, fervent défenseur du silence entre les mouvements. Il n’hésite pas à les traiter de ploucs. Mon voisin de droite souffle la tête dans les mains. Exaspéré ! Je suis choquée par leurs comportements. Les gardiens du temple avec égo.

La règle conservatrice du XIXème siècle (!) est que le spectateur de musique classique n’applaudit pas entre les mouvements mais attend la fin de l’œuvre. Ce n’est qu’un code. Rien n’oblige le spectateur à respecter ce code.

En faisant quelques recherches, j’ai lu qu’un critique musical, en 2018, demanda par tweet à la Philharmonie de faire une annonce avant le début de la représentation : ne pas applaudir entre les mouvements. J’ai adoré la réponse laconique de la Philharmonie, limpide et géniale : Non.

Tu le vois le rapport de domination ? Moi, fin connaisseur et public averti, je te demande à toi, public néophyte de ne pas applaudir entre les mouvements ! Je te demande de te taire.

Début décembre 2021, je retourne à la Philharmonie et personne ne pipe mot à la fin de chaque mouvement. Soit le public est grand connaisseur et conservateur. Soit l’interprétation de l’œuvre par Gautier Capuçon est désastreuse. Je penche de ce côté. C’était laborieux et ennuyeux. A piquer du nez (nos organismes sont fatigués, je rappelle, on est en décembre). Pendant le mouvement, ma voisine de devant feuillette le livret du concert donné par l’ouvreur. Cette fois-là, l’ego boursouflé est du côté de l’artiste qui s’excite sur son instrument (j’en étais gênée) et pas du côté du public.

Ces anecdotes ne sont pas toutes récentes mais reflètent bien le public de la musique classique à la Philharmonie.

Case Scaglione dirige le Boléro à la Philharmonie

La main gauche levée de Case Scaglione

Hier soir, je suis allée écouter l’Orchestre national d’Ile de France, toujours à la Philharmonie. Son directeur musical est le jeune quadra américain Case Scaglione. Avec un geste très simple, il a trouvé le bon compromis entre silence et applaudissements.

Après chaque mouvement et à la fin de chaque œuvre, il a levé la main gauche pour faire respecter le silence quelques secondes avant les applaudissements ou les bruits de chacun : toux, changement de position… J’ai trouvé que par ce petit geste qui est rien, il a trouvé la solution : faire le silence pour reprendre sa respiration et ensuite montrer son enthousiasme.

J’aime ces quelques secondes de silence total qui font encore résonner la musique dans ma tête. Cela permet de faire un contraste saisissant. Ce silence fait partie de l’œuvre. C’est un moment magique car c’est aussi très rare de le rencontrer dans ma vie de parisienne. Il peut être suivi d’applaudissements entre les mouvements comme chacun le souhaite

Libérons les mouvements

Je déteste que des vieux codes (cons) du XIXème imposent leurs règles aux spectateurs du XXIème siècle. Le rituel du concert de musique classique s’est figé, il y a plus de 100 ans. Il doit s’adapter à ses nouveaux spectateurs.

Libérons-nous des conventions et applaudissons à tout rompre entre les mouvements quand c’est sublime ! Car les applaudissements ne disent que cela, rien d’autre ! Crois moi, il vaut mieux des applaudissements que pas du tout.

Informations pratiques

Orchestre National d’Ile de France : le site

Musique sur le blog