Quand on me demande où j’habite, je réponds dans le 11ème à Charonne entre Nation, Bastille et République. La réponse est souvent :

– Ah. Là où se sont passés les attentats

– Oui.

A Nice, j’ai longuement discuté avec une habitante de l’impact des attentats dans nos deux villes et dans nos vies. C’était dur mais enrichissant de partager nos vécus différents. Ce n’est pas un sujet tabou.

Elle m’a expliqué que la réaction autour d’elle au lendemain de l’attentat de la Promenade des Anglais en 2016 était « oui mais non ». De mon côté, je n’ai jamais eu cette réaction en novembre 2015 et je ne l’ai pas ressenti dans mon entourage parisien.

Chez moi, ce soir là. Pas blessée donc pas atteinte. Sauf que si. Sauf que j’ai appris que je pouvais mourir un vendredi soir sur un trottoir à 34 ans. Ce n’était pas loin dans un pays en guerre, mais ici à 200 m de chez moi.

Le stress post traumatique était là et je ne l’ai pas su. Je me suis consumée à petit feu pendant des années. Le traumatisme s’est introduit dans toutes les cellules de mon corps. J’ai continué à vivre avec la peur, en pilote automatique et dans l’hypervigilance permanente. Une grande fatigue psychique.

J’ai franchi le seuil de la porte de la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique du 11ème en septembre 2020 parce que ce nouvel attentat dans le 11ème était de trop. Je ne peux plus recevoir le « T’es où? » sans être fragilisée. Une sirène dans la rue et je pense : attentat Il a fallu tout mettre sur la table. La peur, le pilote automatique et l’hypervigilance étaient de retour comme des vieux compagnons. Depuis quelques mois, je suis suivie et je vais bien. 

Il n’y a pas longtemps, en écoutant le podcast Traverse de Maïa Mazaurette, j’ai découvert qu’il faut 7 ans à notre corps pour se régénérer complètement. Il me reste encore un an et demi à muer.

Pourquoi en parler aujourd’hui ?

Parce que revoir les habitants assis en terrasses depuis le mercredi 19 mai, c’est bien plus que le déconfinement. C’est notre art de vivre. Vendredi soir, en sortant de chez la psychologue et en passant devant la terrasse de La Belle Equipe remplie, j’ai respiré et j’ai souri.

Enfin, si un jour, vous êtes confrontés à un événement difficile de près ou de loin, n’attendez pas. Parler, c’est la solution. Les professionnels sont formés et sont une aide précieuse. Nous avons la chance de vivre dans un pays où le traumatisme est pris en considération.

Pour finir je tiens bien à préciser que je parle de traumatisme et absolument pas de victime. Les mots sont très importants.

Les coordonnées de la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique : 01 44 49 24 79